la PICOCHEUSE

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C’est l’art qui déploie ses ailes en toute liberté, sans entraves, guidé par son instinct.
création logo L'ÈRE SALIN

La légende de la picocheuse

Dans un petit village qu’on appelle l’Anse du Cap à l’ours, il y a une légende dont tout le monde parle depuis belle lurette. Celle de la Picocheuse.

La Picocheuse, c’est celle dont tout le monde est fasciné, mais dont tout le monde craint en même temps. Ça picoche le monde, son mystère, pis ses grands airs. C’est le symbole de la femme forte, et la légende dit qu’elle choisit durant son parcours, une autre femme pour lui léguer son savoir et sa force et pour que personne oublie qu’une femme, c’est libre. Le fleuve est l’élément qui teinte la vie de toutes ces femmes. C’est toujours vers le bord de la grève qu’elles vont se ressourcer.

Ce n’est d’un début

La première Picocheuse, selon ce qu’on dit, est apparue à la fin des années 1800. C’était l’herboriste de l’anse. La sorcière si on veut. Elle pouvait guérir n’importe quoi. La sorcière intriguait, mais toute l’anse allait quand même la voir quand ça allait mal. On se souvient encore de ses sirops salins miraculeux. Dans les petits pots, les meilleurs onguents.

Vers les années 1910,  l’orpheline de Saint-Ours reprend le flambeau. Héritière du magasin général à l’âge de quinze ans, dure en affaires, elle s’en fait pas passer des p’tites vites par les ratoureux du village. Il est mieux de se lever de bonne heure, celui qui essaye de lui extirper une cenne. Avoir l’eau qui glisse sur le dos d’un canard, on dirait bien que cette expression a été inventée pour elle. 

En 1950, émerge la 3e Picocheuse. La vieille fille est celle qui fait tourner les regards au village. Celle qui collectionne les amants, qui a un lopin de terre qu’on sait pas trop d’où ça vient. Par sa force de caractère, elle chasse, elle pêche, elle s’autosuffit. La terre n’a pas de secret pour elle et toutes les femmes du village sont envieuses de ses anémones blanches. Son secret ? Elle les arrose avec l’eau du fleuve à l’aurore. Sa devise : y’a pas un homme qui va toucher à ma terre, c’est mes mains ou c’est rien.

En 1980, naît la quatrième picocheuse, La mère. C’est une première au village, rien de ce que Saint-Ours n’a connu jusqu’à présent. Sa demeure est en fait la crèche de la paroisse. Il n’est pas rare de voir, la nuit, un enfant déposé sur le paillasson. La mère de l’Anse permet aux enfants abandonnés de panser leurs blessures avec son amour apaisant, rassurant comme un phare. Elle leur donne une famille, une éducation, et elle s’allie au vent du large afin de propulser ces enfants vers un avenir prometteur. C’est quand les rires résonnent entre ses quatre murs qu’elle se sent le plus accomplie. Impossible de la croiser sans voir quelques p’tit en-dessous de ses jupes.

Un nouvel ère

Au début des années 2000, la dernière Picocheuse répertoriée, vit un blocage artistique. Elle décide, impulsivement, de prendre la route et de sillonner la Gaspésie. Arrêtée à l’Anse du Cap-à-l’Ours, elle s’invite à un party d’huîtres sur le bord du fleuve. Les verres et les histoires s’entremêlent jusqu’aux aurores. Ce matin-là, le panoramique expose un alliage de couleurs encore jamais vu jusque-là, des nuances indescriptibles, allant du vieux rose au magenta, teinté d’émeraude. L’Artiste est foudroyée par l’inspiration de la vue du paysage qui se tient debout devant elle et les histoires qui l’habitent maintenant.

Voulant partager cette vague immersive de création, l’artiste se lance dans l’art du tatouage. Ainsi, ses histoires ne se limitent plus à des toiles laissées pour compte dans des musées, mais elles pourront voyager et se faire partager d’humain à humain.

Photo de sabrina chouinard

Juché sur sa petite boîte de pommes, le crieur de journaux annonce le grand retour aux sources de celle qui est partie depuis trop longtemps.

Un retour aux sources

« Certes, elle a fait un long détour passant par l’Abitibi pour se poser sur les terres des Laurentides. C’est là, perchée sur un cap de roche, qu’elle bâtit une maison à la hauteur de son destin, un nid bâti des blanches mains de son prince, sur lequel elle pourra se poser.

Chaque pierre posée est un ancrage, chaque poutre, un souffle de liberté rempli d’espoir et de promesses. Un café à la main, les cheveux aux vents, elle admire le panoramique que lui offre la forêt avec toujours l’espoir d’oublier LA vue du fleuve.

On entend dire qu’elle sillonne les routes sinueuses à moto, qu’elle sent le vent lui raconter les secrets de la forêt, mais ces voix, bien que nouvelles et porteuses de renouveau, ne réussissent pas à complètement remplir le vide laissé par le vent salin.

La commère du village prétend que son chemin est parsemé d’imprévus. Voulant aider son prochain, elle traîne sans le savoir la bouette collée à ses choux-claque, causée par des chemins empruntés avec de bonnes intentions, mais s’avérant ne pas être les bons. Bien malgré elle et son pouvoir du ressenti, les phases déstabilisantes de la lune ont ébranlé ses dons, ses convictions et ses valeurs, agrandissant petit à petit la faille en elle créée par le manque d’enracinement. 

 L’ÉVIDENCE FRAPPE À LA PORTE

Voulant ignorer ses petites voix intérieures qui lui murmurent sans cesse de revenir, défiant fondamentalement sa vraie nature et tenant à s’établir et à bâtir sa propre voie sur sa terre escarpée, l’évidence est venue cogner à sa porte. 

L’évidence s’est invitée à partager un verre de millésime, pis deux, pis trois… Plus qu’elle s’enivre de ce nectar offert par l’évidence, plus que l’évidence s’empare de la Picocheuse.

On raconte qu’au matin, avec un mal à caboche, le plan ne pouvait être plus clair. Les longues heures passées à être l’esclave de cette demeure lui reviennent en mémoire, se sentant soudainement invitée dans ce nid tant aimé. C’est avec l’évidence qu’elle prendra le cap, se frayera un chemin dans la rivière et accostera sur sa terre natale.

La Picocheuse sait que chaque pierre posée sur ce cap de roche lui a offert un refuge, mais le vent lui a soufflé si longtemps qu’il était temps de reprendre la route. Alors, elle ouvrit les portes de sa maison à une âme prête à en prendre soin, quelqu’une qui comprendrait l’histoire peinte entre ses murs. Elle n’abandonne rien, elle ouvre simplement un nouveau chapitre, comme le font les vagues avec la grève, encore et encore. 

Aujourd’hui, elle est prête. Son savoir, nourri par les tempêtes et les clairières, est prêt à être diffusé et tant attendu par les gens au village.

La Picocheuse ne fait pas que laisser son empreinte, elle veille à ce que son histoire se perpétue, mais surtout à rattraper le temps perdu. Son art est dorénavant imprégné de tous ses savoirs acquis, des traits instinctifs, bruts, alliant les secrets de la forêt à la liberté qu’offrent les grands vents.

Son art n’est plus que piqûres sur l’épiderme, mais bien des encres qui deviennent des empreintes vivantes, des fragments d’histoire qui continuent de vibrer sur la peau de ceux qui les portent.

Son souffle continue d’être porté et de perpétuer celles qui viendront après elle. » …

la passation

L’héritière lève les yeux vers l’horizon, là où le fleuve et le ciel se confondent dans un camaïeu infini.

Elle sent en elle l’appel des Picocheuses, cette force ancienne qui murmure à son âme. Ce n’est pas un fardeau, mais une promesse. Une promesse de liberté, de passion et d’instinct.

Sa fille, l’héritière, est là, prête à recevoir la flamme qui brûle depuis des générations.

Co-création avec Lancer l’encre

Explorez l’art de la Picocheuse



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